Au vent des Étoiles

Au vent des Étoiles
Identifiez-vous
Pseudo :
Mot de Passe :
mot de passe oublié ?
Philosophie, Mythologie, Espérance

Le monde est une comédie dont les philosophes sont les spectateurs.
► Pythagore 

Les états d'âme

 "The uses of enchantement"
Du bon usage du merveilleux

L'Homme sauvage et l'enfant

 Femmes qui courent avec les loups

 Vieux conte chinois

 Le swami et ses trois disciples

À l'école des Anciens

 
Philosophe
Rembrandt
Philosophe en méditation

♦ Les états d'âme

Les humains ont les états d’âme les plus complexes, sur lesquels ils sont capables de méditer et de s’exprimer à l’infini, au point que ces états d’âme peuvent les pousser à modifier le cours de leur existence. C’est pourquoi ne pas avoir d’états d’âme revient à mettre son humanité entre parenthèse. Méfions-nous de ceux qui déclarent ne pas avoir d’états d’âme. D’ailleurs on ne peut pas ne pas en avoir. On peut juste les réprimer, les dissimuler, les refuser. On refuse alors son humanité, et on se prive de ce qu’elle nous apporte peut-être de meilleurs : l’intériorité. Cette dialectique du ressentir face au comprendre, du savoir par l’expérience face au savoir par la connaissance, doit donc nous pousser à accepter, observer et aimer nos états d’âme : ne négligeons aucun moyen de connaissance et d’accès à ce monde si compliqué…

• Christophe André — Pour un apprentissage de la sérénité 

♦ The uses of enchantement : "Du bon usage du merveilleux"

 

1 — Les contes de fées et la situation existentielle

 
« Il était une fois… »,
« A une époque qui remonte très très loin dans la nuite des temps… »,
« Dans l’ancien temps, quand les désirs s’exauçaient encore… »
« Dans la nuit des temps… »

Pour pouvoir régler les problèmes psychologiques de la croissance (surmonter les déceptions narcissiques, les dilemmes œdipiens , les rivalités fraternelles ; être capable de renoncer aux dépendances de l’enfance ; affirmer sa personnalité, prendre conscience de sa propre valeur et de ses obligations morales), l’enfant a besoin de comprendre ce qui se passe dans son être conscient et, grâce à cela, de faire face également à se qui se passe dans son inconscient. Il peut acquérir cette compréhension non pas en apprenant rationnellement la nature et le contenu de l’inconscient, mais en se familiarisant avec lui, en brodant des rêves éveillés, en élaborant et en ruminant des fantasmes issus du conte qui correspondent aux pressions de son inconscient. L’enfant transforme en fantasmes le contenu de son inconscient, ce qui permet de mieux lui faire face. Le conte ouvre de nouvelle dimensions à l’imagination de l’enfant que celui-ci serait incapable de découvrir seul. La forme et la structure du conte de fées lui offrent des images qu’il peut incorporer à ses rêves éveillés.
L’inconscient est un déterminant puissant du comportement, et quand il est refoulé, le conscient finira par être envahi par des dérivatifs. Sinon, l’individu sera contraint d’exercer sur l’inconscient un contrôle rigoureux et compulsif qui handicapera gravement sa personnalité. Mais si l’inconscient peut accéder au conscient et se livrer à l’imagination, sa nocivité, pour nous-même et les autres, en sera réduite.
La majorité des parents croit que l’enfant doit être mis à l’abris de ses angoisses informe et sans nom, de ses fantasmes chaotiques, colériques et parfois violents. Ils pensent que l’on doit montrer la réalité consciente et les images généreuses aux enfants pour qu’ils soit exposés au côté ensoleillé des choses. Mais un régime à sens unique ne peut nourrir qu’un esprit à sens unique. La vrai vie n’est pas que le soleil…
La culture dominante veut faire comme si le côté sombre de l’homme n’existait pas. La psychanalyse est censée avoir pour but de rendre la vie facile. Elle a été créée pour rendre l’homme capable d’accepter la nature problématique de la vie, sans se laisser abattre par elle et sans recourir a des faux-fuyants. Le précepte de Freud est que l’homme ne peut parvenir à donner un sens à son existence que s’il lutte courageusement contre ce qui lui paraît être des inégalités écrasantes.
Le message des contes de fées est le suivant :
La lutte contre les graves difficultés de la vie est inévitable et fait partie de l’existence, mais si au lieu de se dérober, on affronte fermement les épreuves inattendues et souvent injustes, on vient à bout de tous les obstacles et on finit par remporter la victoire.
Contrairement à ce qui se passe dans les histoires modernes pour enfants, le mal, dans les contes de fées, est aussi répandu que la vertu. Dans les contes de fées, le bien et le mal sont matérialisés par des personnages et leurs actions, de même que le bien et le mal sont omniprésents dans la vie et que chaque individu a des penchants pour les deux. C’est ce dualisme qui pose le problème moral : l’homme doit lutter pour le résoudre.
Le héros du conte de fées, l’enfant, ne peut se trouver qu’en explorant le monde extérieur ; et, ce faisant, il découvrira l’autre avec qui il pourra ensuite vivre heureux, c’est à dire sans avoir jamais à connaître l’angoisse de séparation.
Les livres illustrés qui ont aujourd’hui la faveur de tous détournent l’enfant du processus éducatifs. Les images privent le conte d’une grande partie de la signification qu’il peut avoir : on impose à l’enfant les associations visuelles de l’illustrateur. Les détails uniques, issus de sa propre vie, avec lesquels un individu se représente les scènes qu’on lui raconte, font de l’histoire une expérience plus personnelle.

 

 2 —  L’imaginaire

 

« Parce que certains individu se retirent du monde et passent la plus grande partie de leur temps dans leur royaume imaginaire, on a supposé à tort qu’une vie trop riche en imagination nous empêche de venir à bout de la réalité. Mais c’est le contraire qui est vrai : ceux qui vivent totalement dans leurs fantasmes sont en proie aux ruminations compulsives qui tournent éternellement autour de quelques thèmes étroits et stéréotypés. Loin d’avoir une vie imaginative riche, ces personnes sont emprisonnées et sont incapables de s’échapper de leurs rêves éveillés qui sont lourds d’angoisses et de désirs inassouvis. Mais le fantasme qui flotte librement, qui contient sous une forme imaginaire une large variété d’élément qui existent dans la réalité, fournit au moi un abondant matériel sur lequel il peut travailler. Cette vie imaginative, riche et varié, est fournie à l’enfant par les contes de fées qui peuvent éviter à son imagination de se laisser emprisonner dans les limites étroites de quelques rêves éveillés axés sur des préoccupations sans envergure.
Freud disait que la pensée est une exploration des possibilités qui nous évite tous les dangers attachés à une véritable expérimentation. La pensée ne demande qu’une faible dépense d’énergie, si bien qu’il nous en reste pour agir dès que nos décision sont prises, lorsque nous avons soupesé nos chances de succès et la meilleure façon de l’atteindre

3 —  Personnalité et comportement

En aucun cas vous ne pouvez dire : « Jamais je ne ferai ça », car vous ignorez comment un monde rompant avec vos habitudes pourrait modifier votre personnalité.
Notre comportement est plus dicté par les circonstances que par notre personnalité. Après deux années passées dans les camps de concentration S.S., Bettelheim parvint à une conclusion radicale : les comportements les plus imprévisibles peuvent se faire jour dès que les circonstances deviennent exceptionnelles. C'est l'environnement qui détermine le comportement du S.S. comme celui du prisonnier. « Voilà qui explique qu'un bon Allemand d'avant la guerre ait pu devenir un bourreau. Vous ne devez donc en aucun cas vous dire : « Jamais je ne ferai ça », observe Bettelheim, car vous ignorez comment un monde rompant avec vos habitudes pourrait modifier votre personnalité. » Cependant, dit Bettelheim, si un environnement organisé pour détruire la personnalité y parvient, l'inverse devrait être possible : reconstruire l'homme par un environnement totalement « positif ».
La société n'est que le reflet de nos anxiétés. Si les individus sont capables de surmonter par eux-mêmes leurs angoisses, ils construisent une société libre et démocratique ; s'ils n'en sont pas capables, ou s'ils jugent l'effort individuel au-delà de leurs possibilités, ils sont attirés par une société totalitaire. Celle-ci permet à l'individu de se fondre dans la masse et de s'en remettre à d'autres (le Chef, le Parti, l'Idéologie) du soin de penser pour lui et de résoudre ses angoisses personnelles. Ce péril totalitaire est aujourd'hui d'autant plus menaçant que les élites traditionnelles sont en voie de disparition. Or, ce sont les élites qui peuvent s'opposer à la dérive totalitaire, aussi longtemps qu'elles paraissent constituer un modèle intellectuel et moral. Là où il n'y a plus d'élites porteuses de valeurs de référence, la démocratie est menacée. À la solution totalitaire, Bettelheim oppose l'approche freudienne : permettre à chaque individu de maîtriser son Moi, de ne pas laisser son intelligence être submergée par ses émotions. Le traitement qu'il propose n'est pas politique, il ne peut être qu'individuel.
  Comme l’écrivait Maria Montessori, l’enfant tend en fait non pas à croire ce qu’il voit, mais à voir ce qu’il croit. Ce qui, pour Bettelheim et beaucoup d’autres, notamment pour Jean Piaget, veut dire que l’enfant n’apprend pas, ne voit pas, s’il n’est pas fermement persuadé que ce qu’il apprend va cadrer avec ses convictions, ses croyances antérieures.

• Bruno Bettelheim — Psychanalyse des contes de fées — 1976
 

♦ L'homme sauvage et l'enfant

 

— Cet ouvrage parle de l'archétype de l'Homme Sauvage —

 

 
Il existe une compagnie de sept entités
dans la psyché de chaque individu ;
et c’est cette communauté complète d’êtres intérieurs,
qui constitue ce qu’on appelle une grande personne.
 
 

1 — Le Roi

► Le Roi sacré…

Il régit le monde imaginaire ou invisible. C’est lui qui réorganise les molécules humaines depuis son royaume mythologique à la façon d’un aimant et soulève notre psyché comme une tornade emporte les maisons. Il stimule la créativité humaine. Par la place qu’il occupe le Roi indique que le paysage qui nous entoure consiste en un espace ordonné : c’est un cosmos, bien plus qu’un chaos.

► Le Roi terrestre ou politique...

 
Il tire son énergie et reçoit son autorité de la qualité des rapport qu’il entretient avec le Roi sacré. Les aptitudes de ce souverain du milieu n’en sont pas moins essentielles à la stabilité de ces trois étages. Quand les rois politiques cessent d’être respectés, ils ne peuvent plus remplir leur fonctions : ils deviennent des dilettantes ou des dieux qui sont mis à mort, puis disparaissent de notre environnement visuel. Nous devons restaurer la puissance de l’énergie des Dieux, même si aucun carrosse royal ne traverse plus nos cités. Nous devons apprendre à voir le Roi sacré « à travers nos yeux », afin que la radiance de notre Roi intérieur ne soit plus souillé par les reflets des Hérode abattus ou des Staline défunts. Pour le moment, encore, nous trébuchons chaque matin sur les débris de Roi Soleil qui jonchent nos trottoirs.
 

 ► Le Roi intérieur...

Un troisième Roi vit en nous. Ce Roi intérieur est la partie de nous-même qui sait nos désirs et ce que nous aimerions faire jusqu’à la fin de nos jours, jusqu’à la fin du mois ou jusqu’au lendemain. Il sait nous faire comprendre ce à quoi nous aspirons sans que son choix soit influencé par les opinions de notre entourage car il est relié au feu de nos intentions et à la flamme de nos passions. Quand nous avions un an ou deux, notre Roi intérieur était vif et alerte. Pour la plupart nous avons perdu très tôt notre Roi. Il n’est peut-être pas mort pour toujours, mais il n’en est pas moins tombé et ne s’est plus relevé. Quand les forces des guerriers intérieurs qui doivent protéger ce personnage sont insuffisamment trempées, il meurt, tout simplement. Ce Roi symbolise nos états d’âme, mais surtout il en dépend et leur donne de la substance. Un enfant a ses petites humeurs, mais les humeurs des adultes sont beaucoup plus envahissantes et l’entourage doit s’adapter, se plier et satisfaire à leurs caprices. C’est alors que le Roi est sacrifié, qu’il meurt et que les enfants de douze ans ne peuvent plus discerner ce que leur cœur ressent.

L’homme qui a perdu son Roi hésite même à décider tout seul comment il doit occuper sa journée. Si la jeunesse ne peut plus trouver un seul homme public qui soit en mesure d’assumer la fonction de portefaix, comment ses Rois intérieurs pourraient-ils parvenir à maturité. La déliquescence des mythologies est aggravée par l’impéritie des dirigeants politiques.Pour redonner vie au Roi intérieur il faut d’abord prêter attention à ses menus désirs. Cela revient à enrouler l’extrémité du fil d’or autour de nos doigts. Dans la mythologie, se saisir de l’extrémité du fil d’or équivalait à détacher une première plume de la poitrine embrasée de l’Oiseau de feu.

2 — Le Guerrier

 

 

Un vieux dicton celtique dit ceci : « Ne donnez jamais une épée à un homme qui ne sait pas danser ». L’initiateur ne donne l’épée qu’une fois que le cœur de l’homme a été touché par l’intimité amoureuse et par la danse d’amour.
Quand un jeune garçon grandit dans une famille dysfonctionnelle, ses guerriers intérieurs sont éliminés très tôt. Dans la mythologie les guerriers lèvent leur épée pour défendre le roi ; pour l’enfant, le « Roi », c’est son état d’esprit.
Lorsque ces guerriers ne peuvent empêcher que notre état d’esprit soit mis à mal ou que notre corps soit envahi, ils s’effondrent, perdent la tête ou meurent. Ces guerriers ne franchissent pas les limites de l’autre, ils sont là pour défendre les limites.
Le champ de bataille du guerrier est le lieu où il fait ses preuves et utilise son expérience. Le combat qui s’y déroule est une guerre physique, psychologique ou spirituelle. La qualité d’un vrai guerrier se juge à ce qu’il est au service d’une plus grande cause que lui : une cause transcendante. Au plan mythologique, il est au service d’un vrai roi. Si le roi qu’il sert est corrompu, ou s’il n’a pas de roi du tout et qu’il ne sert que l’avidité ou le pouvoir, il n’est plus un guerrier, mais simplement un soldat.
L’homme qui est incapable de défendre son propre espace est incapable de défendre les femmes et les enfants. Tout être humain abrite un guerrier brutal et destructeur et un guerrier constructif.

 

3 — L’amant

Le garçon a connu, en sa mère, la forme maternelle du féminin. À l’âge adulte il rencontrera le féminin sous une forme non maternelle, une forme puissante, épanouie, astucieuse, déchaînée, provocatrice, érotique et joueuse. Au plan mythologique, c’est « La femme qui aime l’or ». Parfois on la désigne comme « le chemin que la lune suit sur l'eau ».
À notre époque sans mythologie, les hommes ne cessent de confondre les femmes de chair et d’os avec la Femme aux cheveux d’or. Ces femmes bien vivantes ne sont pas toutes de lumière !
Qu’est-ce que cela signifie, quand un homme tombe amoureux d’un visage dont il émane quelque chose qui traverse la pièce ? Cela peut signifier que cet homme a du travail à faire avec son âme.
Sur cette Terre, chaque homme et chaque femme se trouve sur la route qui va de la Loi aux légendes. Les légendes sont du côté de l’humide, du marécageux, du sauvage, de l’indompté. Les légendes sont faites d’eau alors que la Loi n’est que sécheresse. Il faut vingt ans pour comprendre les lois, mais toute une vie pour passer des lois aux légendes.
Un poème de “ Gérard Manley Hopkins ” nous dit :

 
"J’ai désiré aller
Où ne tarit l’eau vive,
Aux champs que nulle grêle acérée ne fustige,
Où s’ouvrent quelques lys
J’ai quêté d’habiter
Où nul vent ne fait rage
Là où la houle glauque est muette dans les havres,
A l’abri du roulis des mers".
 

4 — L’Homme sauvage

Il y avait l’homme, le mâle des années cinquante : cet sorte d’homme faisait peu de cas de l’âme des femmes, mais appréciait leur plastique. Il lui incombait de faire preuve d’agressivité, de ne jamais pleurer, d’être toujours à la hauteur.
Au cours des années soixante, un autre profil d’homme se dégagea. Certains hommes entreprirent de prêter attention à leur « part féminine ». Les hommes sont devenus plus prévenants, plus tendre. Mais ce changement ne les a pas rendus plus libres : ils se sont mués en de gentils garçons qui cherchent à faire plaisir à leur femme. Puis le « mâle doux » est arrivé. Mais beaucoup de ces hommes ne sont pas heureux : ils manquent d’énergie. Ils sont souvent accompagnés de femmes vigoureuses qui débordent d’énergie.
Mais il existe une troisième voie masculine : l’homme sauvage.
Quand l’homme sauvage contemporain contemple sa psyché dans l’espoir de percer les secrets de son âme, il peut, si les conditions s’y prêtent, découvrir qu’un vieil homme chevelu gît sous des flots restés longtemps inviolés. Rencontrer cet Homme sauvage suscite bien des peurs et entraîne nombre de transformations. Quand un homme entreprend de développer sa part réceptive, il se met à écrire des poèmes, va méditer au bord de l’océan et devient capable d’empathie.
S’enfoncer dans ces eaux pour rencontrer l’Homme sauvage est effrayant, et plus encore à une époque ou les entreprises produisent des hommes aseptisés aux cheveux ras et aux idées fades. Mais approcher le « mâle profond » est périlleux, angoissant et risqué : entrer en relation avec lui implique une volonté tenace d’explorer la psyché masculine et d’accepter tout ce qu’elle peut receler d’obscur jusque dans ses ténèbres nourricières.
Freud, Jung et Wilhem Reich ont eu le courage de s’enfoncer dans l’étang de leur âme et d’accepter ce qu’ils avaient découvert : tous les hommes de ce temps doivent suivre leur exemple.
 

5 — Le Fripon 

 

 

Tout être humain abrite un fripon inquiétant et un fripon sympathique.
Le fripon ne suit pas « le fil de l’eau ». Sa tâche, au contraire, est d’inverser ce cours dès qu’il a vu dans quelle direction il allait, et ce afin que l’énergie la plus large ne soit pas endiguée. Autrefois on introduisait le clown ou le bouffon pour contrebalancer le roi.

 

6 — Le Mythologue ou Le Cuisinier, Le Magicien ou Le Mage 

 

 

Le cuisinier sait combien de temps les chose doivent cuire et comment passer d’une étape à la suivante.
Le magicien qui au niveau le plus élevé est « chaman », s’occupe des énergies du monde invisible.
Il peut arriver que, lorsque que le corps émotionnel d’un homme a été gravement estropié dans l’enfance, le magicien ou le cuisinier survive. Cette énergie intellectuelle pure, qui n’est pas aussi abîmée que les émotions, permet à l’individu de s’y retrouver et de s’élever afin de rester sain mentalement.

 

7 — L’Homme de Douleur 

 

 

Il existe une figure particulière qui conduit chacun à descendre dans l’une de ses grandes forces : le pouvoir de s’affliger. Il y a un chagrin qui n’a pas de cause. Nous le sentons chez Bach, chez Rembrandt, chez Goya. Les femmes aussi connaissent le chagrin mais il y a une tonalité particulière dans le chagrin masculin, même si, dans notre culture, l’homme a très peu le droit de s’affliger.

 

En Conclusion  

Cet ensemble de sept êtres constitue une structure : c’est le soubassement cristallin des eaux de l’âme. Les quinze mètres d'eau qui sont sous la surface de l’âme masculine et féminine sont à notre époque, ainsi que nous le savons tous, extrêmement troubles et bourbeux.
L’homme a dépendu de tant de rôles qui se sont dissipés ou envolés. La révolution industrielle a coupé l’homme de la nature et de sa famille. La structure de la psyché masculine est aussi solide qu’il y a vingt mille ans.
Cette structure est faite de l’entrelacs des sept énergies, les sept figures ou êtres ou pouvoirs lumineux. L’homme en trouve une ou deux qui sont fortes : c’est un cadeau ; ensuite il doit développer les autres.
Il en est de même pour la femme, qui possède un solide entrelacs de figures. Certaines sont communes avec l’homme, d’autres lui sont propres.
Si un thérapeute ne va pas à la rencontre de l’Homme sauvage ou de la Femme sauvage, il tente de guérir par les mots. L’énergie curative emmagasinée dans les chutes d’eau, les arbres, l’argile, les chevaux appartient au domaine des êtres sauvages.
L’Homme de douleur, sans l’Homme sauvage, peut se perdre dans le labyrinthe de l’enfance. Il peut s’amouracher de la métaphore et du symbole.
Quand un homme hérite d’une énergie de guerrier mais n’incorpore pas l’Homme sauvage ou la Femme sauvage, il peut sacrifier autrui pour l’État sans savoir à qui il doit être sacrifié.
Si un amant manque un peu d’Homme sauvage en lui, il se peut qu’il n’offre pas assez de fleurs sauvages. Il lui manquera un peu de cette « folie » particulière : être prêt à abandonner maison ou pays pour une femme.
Un Roi insuffisamment habité par l’Homme sauvage sera roi pour les être humains, mais les animaux, l’océan et les arbres ne seront pas représenté dans son sénat.

 

 

• Robert Bly — L'homme sauvage et l'enfant

Femmes qui courent avec les loups

— Cet ouvrage parle de l'archétype de la Femme Sauvage — 

 

1 — Introduction

 

 

 

 

 

Le conte est beaucoup plus ancien que l'art et la science de la psychologie. Et il le restera à jamais.
Cet ouvrage est un recueil de récits autour de l'archétype de la Femme Sauvage.
Ce sont des histoires à prendre en guise de vitamine de l'âme, quelques observations , quelques fragments de cartes, quelques petits morceaux de bois et quelques plumes pour indiquer le chemin sur les arbres, quelques herbes aplaties pour montrer la route du retour vers el mundo subterráneo, le monde souterrain, notre demeure psychique.
    Les histoires mettent en branle la vie intérieure, ce qui est d'une importance particulière lorsque cette vie intérieure est apeurée, coincée, acculée. Elles huilent les rouages, font monter l'adrénaline, nous montrent comment nous en sortir et taillent dans des murs lisses de grandes et belles portes, ouvertures conduisant au pays des rêves, à l'amour et au savoir, au retour à la vraie vie, celle de femme sauvage, de femme qui sait.
 

 

2 — Le vilain petit canard

 

 

 

" Découvrir sa vraie bande : les bienfaits de l'appartenance " 

 

Vous n'appartenez peut-être pas à la famille dans laquelle vous êtes nés. Peut-être en faites-vous partie sur le plan génétique, mais vous appartenez à une autre sur le plan du tempérament. Le conte d'Andersen est une des rares histoires à avoir encouragé des générations "d'outsiders" à tenir bon jusqu'à ce qu'ils trouvent leurs semblables.
Quand la société définit étroitement les normes du succès ou de la perfection dans tous les domaines — l'apparence, la taille, la force, la forme, l'économie, la virilité, la féminité, les bons enfants, la bonne conduite, les croyances religieuses — il se produit dans la psyché de tous ses membres une intériorisation de ces critères, par introjection.
Le vilain petit canard erre à la recherche d'un endroit où se poser enfin. Même si l'on ne sait pas instinctivement de façon précise où aller, l'instinct de chercher jusqu'à ce qu'on est trouvé demeure intact. Il y a pourtant une forme de pathologie dans le syndrome du vilain petit canard. On continue à frapper à tort aux même portes. Comment, d'ailleurs, savoir qu'elles sont les bonnes si l'on n'a jamais découvert de bonne porte ? On peut dire de toute façon avec certitude que les mauvaises portes sont celles qui vous font vous sentir à nouveau à l'exil. Mais quand on est désespéré, on cherche la mauvaise chose au mauvais endroit.
Il est meilleurs pour l'âme de rester ce que nous sommes et de laisser les autres être ce qu'ils sont.

 

3 — le bénéfice de l'exil

 

Si vous avez tenté, en vain, de vous couler dans un moule, réjouissez-vous plutôt. Vous êtes peut-être une exilée, mais du moins vous avez votre âme à l'abri. Lorsque l'on échoue à se conformer à quelque chose, il se produit un étrange phénomène. L'exilée que l'on chasse tombe sur ce qui forme sa véritable appartenance psychique, que ce soit des études, une forme d'art ou un groupe de gens. Rester auprès de ceux avec qui l'on a aucune affinités est pire que d'errer pendant quelque temps à la recherche des affinités d'âme et d'esprit dont on a besoin.
Les coups reçus ôtent toute faiblesse. L'intuition s'accroît, la perspicacité grandit, la vision s'affine et s'élargit.

La psyché sauvage peut supporter l’exil, malgré ses aspects négatifs. L’exil nous fait désirer la libération de notre véritable nature et l’environnement culturel qui va de pair. Si nous ne pouvons pas découvrir le contexte culturel qui va nous encourager, alors nous décidons de l’édifier. C’est une excellente chose, car si nous l’édifions, d’autres un jour frapperont mystérieusement à notre porte, disant qu’ils cherchaient cela depuis toujours.

Citations

  • Il est dit que tout ce que vous cherchez vous cherche aussi, depuis longtemps, et vous trouvera si vous restez tranquille. Quand ce sera fait, ne bougez plus. Attendez calmement de voir ce qui va arriver.
  • Il existe au sein de la psyché masculine un homme intact qui croit au bien, n'a aucun doute sur la vie, est empli de sagesse et n'a aucune peur de la mort. Certains verront là un soi guerrier. Or il s'agit d'un soi-esprit, et de surcroît d'un esprit jeune, qui continue à aimer sans se préoccuper des tourments, des blessures, parce qu'il s'autoguérit, s'autorépare à sa façon.

 Clarissa Pinkola Estés — Femmes qui courent avec les loups — 

Vieux conte chinois

 

Une grande montagne couvre de son ombre un petit village. Privés de soleil, les enfants sont rachitiques. Un beau jour, les habitants voient le plus ancien d’entre eux de diriger vers les abords du village, une cuillère en céramique dans les mains.

  • Où vas-tu ? lui demandent-ils.
  • Je vais à la montagne.
  • Pour quoi faire ?
  • Pour la déplacer.
  • Avec quoi ?
  • Avec cette cuillère.
  • Tu es fou ! Tu ne pourras jamais !
  • Je ne suis pas fou : je sais que je ne pourrai jamais, mais il faut bien que quelqu’un commence.

 ♦ Le swami et ses trois disciples

L’histoire se passe dans le nord de l’Inde.
Un swami, le Maître se promène avec ses trois disciples dans le jardin somptueux de l’ashram de la communauté… Ils écoutent les oiseaux des Indes qui chantent dans les arbres des Indes. Ils entendent dans le lointain le cœur des moines Bouddhistes qui répètent inlassablement le Om pacificateur.
Om Om Om…
Ils regardent pousser les pissenlits, ils regardent pousser les radis, ils regardent pousser les salsifis, ils regardent les poires conférences qui poussent sur les poiriers conférences et les pommes golden délicious qui poussent sur les pommiers golden délicious, et, par terre, les pommes de terre, les frittes sauvages.
Et tout à coup ils s’arrêtent devant un carré de salades, et qu’est-ce qu’ils voient… Une limace vorace en train de dévorer une belle feuille de salade.
Voyant cela, le 1er disciple n’écoutant que son courage, écrase d’un coup sec la limace avec la plante de son pied.
Le 2ème disciple se tourne alors vers le Maître et dit dans une violente colère :
— Regardez Maître, ce qu’il viens de faire. Il vient d’écraser une créature de Dieu, n’est-ce pas un crime, n’est-ce pas un péché ?
Et le Maître lui répond :
— Tu as raison mon fils.
Et le 1er disciple se défend et il dit :
— Mais enfin Maître, si j’ai écras&ea